« 29 juillet 1836 » [source : BNF, Mss, NAF 16327, f. 194-195], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7564, page consultée le 24 janvier 2026.
29 juillet [1836], vendredi matin, 10 h. ¼
Bonjour cher bien-aimé, comment vas-tu ? Je pense bien à toi mon cher petit homme,
ce
qui ne m’empêche pas d’être triste. Rien ne peut suppléera à ta présence adoréeb. J’ai beau me faire des raisonnements
sur la nécessité où tu es de travailler, ça n’avance pas à grand-chose puisque je
suis
plus impatiente et plus désireuse que jamais de te voir.
Il fait un furieux vent
ce matin. LA MER DOIT ETRE BIEN BELLE A VOIR. SI NOUS Y ALLIONS ? Hélas ! le temps
est
passé de faire ces propositions-là et de les accepter à l’unanimité. Je voudrais bien
encore y être, et vous ?
Cher petit Toto je me creuse la tête pour te dire des
choses extraordinaires, je ne trouve jamais rien dans ce qui me sert d’esprit, sinon
que je t’aime et puis que je t’aime et voilà tout, ce qui ne constitue pas une
nouvelle bien fraîche ni bien variée. Enfin moi, je n’ai pas d’autre chose de joyeux
en moi, il faut bien que je m’en contente à moins de supprimerc mes lettres, mon cerveau et mon cœur
ce qui me réduirait à 0. Ce dont vous ne seriez peut-être pas très fâché après
tout.
En attendant mon cher petit homme je fais des vœux pour que vous soyez bête
comme trente six mille bonnets CAENNAISd1 ; pour que vous vous ennuyieze
autant que moi ; dans l’espoir que tout ceci réuni vous fera venir trouver de
préférence votre pauvre
Juliette
1 Porté par les hommes puis par les femmes, le bonnet de coton était la coiffe traditionnelle des Normands, avec toutes sortes de variantes locales, et était diversement apprécié des voyageurs. Visiblement Victor et Juliette, lors de leur voyage en Normandie, se sont rangés parmi ses détracteurs.
a « supléer ».
b « adoré ».
c « suprimer ».
d « caenais ».
e « ennuiez ».
« 29 juillet 1836 » [source : BNF, mss, NAF 16327, f. 196-197], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7564, page consultée le 24 janvier 2026.
29 juillet [1836], vendredi soir, 6 h. ¼
Cher bien-aimé, j’ai beau travailler et beau m’occuper, je trouve la journée
éternelle et je m’impatiente contre toi qui ne viensa pas, contre moi qui ne sais pas t’aimer assez peu pour t’attendre
patiemment. Au reste j’ai le temps de souffrir car il est très probable que tu ne
viendras pas encore aujourd’hui, ce qui me constituera une fête de juillet un peu
triste. Il est vrai que j’ai dans ma rue des pétards et des pétaudières qui me cassent
la tête, et me font sauter à six pieds au-dessus de ma chaise, ce qui me fait beaucoup
de plaisir.1
Si j’osais, j’aurais un nez de carton
assez grand pour m’y loger toutb
entière, mais je sais que cela vous contriraitc, c’est pour cela que je me tiens sur mon bâton en faisant la roue en vous
attendant.
Ô mon bon petit homme que tu serais béni si tu venais à présent ne
fût-ced que le temps de voir dans
tes yeux si tu m’aimes encore. Tu ne sais pas combien je serais heureuse. Je ne le
sais pas non plus moi, mais il me semble que je prendrais tant de bonheur tant de
joie
et tant d’amour que j’en aurais au moins pour toute ma vie. Mon petit homme bien-aimé
écoute-moi, entends-moi et viens.
Juliette
1 Profitant de l’anniversaire de la révolution de Juillet, Louis-Philippe inaugure le 29 l’Arc de triomphe de l’Étoile. Il accomplit le projet napoléonien dans un but de réconciliation nationale. Le Marais alors très populaire où vit Juliette célèbre bruyamment la fête.
a « vient ».
b « toute ».
c Verbe « contrir » non attesté, sur « contrit » ; à moins qu’elle confonde avec « contrarierait ».
d « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
